Traitements de semences ; quelles sont les nouvelles règles ?

Le 1er janvier 2025 marquera l’entrée en vigueur de nouvelles exigences réglementaires concernant les semences enrobées de pesticides. Idéalement, vous êtes déjà au courant et mon texte ne vous apprendra pas grand chose ; si ce n’est pas le cas, lisez attentivement ce qui suit ! Les modifications relatives aux semences traitées découlent de la dernière révision réglementaire de la Loi sur les pesticides, elles font partie d’un ensemble de modifications qui touchent le Règlement sur les permis et les certificats pour la vente et l’utilisation des pesticides, et le Code de gestion des pesticides.

Justifications et prescriptions
Le concept d’une prescription requise pour l’achat de certaines matières actives et d’une justification pour encadrer leur utilisation n’est pas nouveau. C’est une exigence qui s’applique depuis quelques années à l’atrazine entre autres, et aux semences enrobées de néonicotinoïdes de certaines cultures. En 2018, le gouvernement a créé une nouvelle classe de pesticides, la classe 3A, pour inclure dans la réglementation les semences traitées avec un néonic de 8 cultures (avoine, blé, canola, maïs ensilage, maïs grain, maïs sucré, orge, soya). À partir de janvier prochain par contre, la classe 3A s’étendra à tous les insecticides utilisés sur les semences de ces cultures. Ça signifie que l’achat et la mise en terre de semences avec traitement insecticide ne pourra plus se faire sans l’obtention d’une prescription et d’une justification signées par un agronome.
Les traitements de semences insecticides (TSI) sont principalement utilisés dans le maïs, relativement peu dans le soya. De manière générale, leur utilisation a d’ailleurs diminué au cours des dernières années. La volonté du gouvernement, par cette modification réglementaire, est de faire en sorte que cette diminution se poursuive ; les TSI devront être utilisés en dernier recours seulement.

La classe 3B
Dans la foulée de l’élargissement de la classe 3A, le ministère a également créé une nouvelle classe de pesticides, la classe 3B. Elle regroupe les semences enrobées de fongicides des 8 cultures mentionnées précédemment.
Les traitements de semences fongicides sont plus répandus. Les pathogènes de sol qui peuvent causer des dommages aux jeunes plantules sont nombreux, et leur incidence étant très fortement liée aux conditions météo qui suivent les semis, elle est difficile à prévoir. On utilise fréquemment ces traitements dans le maïs, le soya et les céréales.
Les traitements de semences fongicides ne requièrent pas de prescription, mais comme elles seront dorénavant considérées comme un pesticide, certaines obligations s’appliqueront.

Ainsi, à partir du 1er janvier 2025, vous devrez détenir un certificat (E1, E2, CD8) ou un permis C8 pour acheter et mettre en terre des semences traitées des classes 3A et 3B.
Les distances d’éloignement des zones sensibles qui s’appliquent à tous les pesticides s’appliqueront également lors du semis de ces semences.
De plus, les producteurs devront inclure à leurs registres, les pesticides de classes 3A et 3B. Ils devront consigner la quantité de semences enrobées utilisées, les champs où elles ont été semées, la date de semis, le nom commercial du traitement de semences, les ingrédients actifs qui le composent, le numéro d’homologation, etc. Un modèle de registre est disponible sur le site du ministère de l’environnement.

Actions à prendre

  • Si vous ne possédez pas de certificat E1 ou E2, nous vous suggérons d’entreprendre dès maintenant les démarches pour l’obtenir. Vous pouvez vous inscrire à un cours en ligne ou en personne, ou réviser à votre rythme à l’aide de guides imprimés, avant de passer votre examen. Une fois l’examen réussi, vous pourrez faire la demande auprès du ministère de l’environnement pour obtenir votre certificat.
  • Informez-vous également des traitements utilisés sur les semences que vous achetez. Conservez les étiquettes ; elles vous aideront à compléter votre registre.
  • Surveillez la levée du maïs et du soya dans vos champs. Il sera important pour votre conseiller et vous de bien documenter la présence de ravageurs et l’ampleur des dommages causés pour qu’il puisse justifier et prescrire un TSI si nécessaire.
  • Comme l’utilisation systématique d’un TSI ne sera plus possible, préparez-vous à mettre en place un plan graduel de diminution de leur utilisation.

Principaux ravageurs :
Dans le maïs grain, les principaux ravageurs des semis sont les vers fil-de-fer (VFF) et la mouche des semis. Les larves de la mouche des semis peuvent aussi causer des dommages dans le soya. Au niveau du VFF, un historique d’infestations est le facteur prédominant qui indique un risque de dommages à la culture sur une parcelle en particulier.

Toutefois, les études sur les VFF ont permis d’identifier d’autres facteurs déterminants : la région agricole, le type de sol, le taux de matière organique et le précédent cultural. Ainsi, le maïs en monoculture, ou semé après une céréale ou un foin de graminées est plus à risque. Les VFF sont généralement plus nombreux dans les sols organiques et les sols minéraux de texture légère à moyenne (plus sableux), et dans les sols avec une teneur en matière organique élevée. Les champs présentant une combinaison de plusieurs facteurs de risque doivent être surveillés plus étroitement, ou faire l’objet d’un dépistage.

La mouche des semis quant à elle, est plutôt attirée, pour pondre ses oeufs, par de la matière organique en décomposition et des sols frais et humides. Du fumier solide (principalement le fumier de poulet) ou des cultures de couverture vivantes, incorporés peu de temps avant le semis sont les principaux facteurs de risque. Des conditions défavorables à la levée, comme un semis effectué très tôt dans un sol froid, lourd et humide augmentent également les risques de dommage.

Connaître et tenter d’éliminer les facteurs de risque est une première étape dans la démarche de réduction de l’utilisation des TSI.

Manipulation des semences traitées :
Parce que ce ne sont pas des produits appliqués à l’aide de l’arroseuse, il est facile d’oublier que les enrobages de semences contiennent aussi des substances qui peuvent nuire à la santé. Pourtant, les insecticides et les fongicides qui colorent les semences représentent eux aussi un risque et certaines précautions s’imposent lors de la manipulation. Vous devriez au minimum porter des lunettes, des gants et des vêtements longs lors de la manipulation des semences traitées, et idéalement un masque. Évitez le plus possible d’être en contact avec la poussière qui s’échappe lors du transfert des sacs vers le planteur, et manipulez les sacs vides avec soin (les accoter sur soi pour les replier plus facilement n’est pas une bonne idée !). N’oubliez pas qu’AgriRécup vous permet maintenant de disposer des sacs de semences vides de façon sécuritaire !

Le Réseau Agrocentre est là pour vous aider à cheminer au travers ces nouvelles exigences réglementaires, n’hésitez pas à nous contacter si vous avez des questions. D’ici là, bonnes récoltes !

Pour plus d’informations concernant les cours/examens pour l’obtention d’un certificat, visitez le site sofad.qc.ca et sélectionnez « pesticides » sous l’onglet services, ou consultez le https://www.upa.qc.ca/producteur/formations/detail/pesticides-en-milieu-agricole


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