
Il n'y a pas tout à fait 30 ans, les premières cultures génétiquement modifiées (OGM) faisaient leur apparition dans les champs canadiens. La manipulation génétique rendait tolérantes au glyphosate des cultures de soya, maïs et canola. Depuis, les efforts de recherche et de développement ont mené à l'apparition de nouvelles biotechnologies qui permettent à certains hybrides et variétés de maïs et de soya d'être tolérants à un plus large éventail d'herbicides et résistants à divers insectes.
Pour tirer un maximum des technologies qui s’offrent à vous, il est primordial de les choisir et de les positionner adéquatement. En espérant que cet article vous aidera à faire des choix agronomiques, plutôt que « sympathiques » lors de vos prochains achats de semences !
Petit tour d'horizon des technologies disponibles
Les cultures peuvent être génétiquement modifiées soit pour les rendre tolérantes à un herbicide qui autrement les détruirait, ou, dans le cas du maïs, pour lui permettre de résister aux attaques de certains insectes.
C'est important de porter attention aux traits génétiques des semences que vous achetez, et de noter ce que vous semez dans chaque champs, pour éviter les erreurs, et pour pouvoir profiter au maximum des avantages de la technologie .
Bien sûr, vous êtes familiers avec les cultures Round-up Ready (RR ou RR2) qui tolèrent un arrosage au glyphosate. Il y a également le caractère LibertyLink, qui confère une tolérance au glufosinate, puis, plus récente, la technologie Enlist qui permet un arrosage au 2,4-D sans dommage pour la culture, et dans le soya, le trait Xtend, pour l'utilisation du dicamba.
Dans le soya, il faut bien distinguer ces deux derniers caractères : chaque année, depuis leur mise en marché, des erreurs d'arrosage mènent à la desctruction de la culture. L'application de l'herbicide Enlist One ou Enlist Duo n'endommage pas le soya Enlist E3, mais détruira toutes les variétés qui n'ont pas ce trait. De même, l'application d'Engenia, Tavium ou Xtendimax doit se faire uniquement sur les soyas Xtend ou XtendFlex.
Plusieurs technologies sont également disponibles pour permettre aux hybrides de maïs de résister aux attaques de divers ravageurs. Selon les facteurs de risque présents, et l'historique de dommages observés dans vos champ, vous aurez avantage à opter pour un hybride qui contrôle certains insectes en particulier. Le tableau ci-dessous résume les principaux caractères et les ravageurs contrôlés.
Choisir une technologie adaptée aux mauvaises herbes à contrôler
Si vous êtes aux prises avec la fameuse amarante tuberculée résistante au glyphosate, le choix d'un soya Enlist E3 ou XtendFlex vous donnera des options de désherbage supplémentaires. Le 2,4-D ou le dicamba sont deux molécules qui travaillent bien sur cette mauvaise herbe. Le dicamba (système Xtend) a l'avantage d'offrir une certaine résidualité, donc un contrôle prolongé ; il y a par contre quelques précautions supplémentaires à prendre lors de l'application pour éviter la dérive. De son côté le 2,4-D (système Enlist) est un outil de lutte très intéressant contre la prêle, et en combinaison avec du glufosinate (Liberty), il est très efficace contre les plus grosses mauvaises herbes bien établies. Ces deux technologies sont également intéressantes en semis direct, pour le contrôle des feuilles larges vivaces.
Certains maïs Enlist font également leur apparition sur le marché, et permettent une application plus tardive et sécuritaire de 2,4-D sur la culture. Ils sont un choix intéressant pour des problématiques particulières, comme pour contrôler plus tard en saison l'envahissant liseron des champs par exemple.
Quels insectes, quels traits ?
Le « gros kit » n'est évidemment pas nécessaire partout. Mais faire un choix approprié selon votre réalité est certainement un bon investissement, et permettra possiblement d'éviter des dommages à la culture, et l'utilisation d'insecticides.
La chrysomèle des racines du maïs est un insecte dont les larves se nourrissent des racines des jeunes plants, occasionnant des tiges courbées et de la verse. Les adultes peuvent aussi causer des dommages en se nourrisant des soies, ce qui peut impacter la pollinisation. La monoculture du maïs est le facteur de risque #1 favorisant le développement et la prolifération de l'insecte. Si vous effectuez une bonne rotation des cultures et n'avez pas observé par le passé de problème important de « col d'oie » dans vos champ, vous n'avez pas à choisir une technologie qui contrôle la chrysomèle. Autrement, optez pour un hybride SmartStax ou Duracade.
Depuis quelques années, le ver-gris occidental du haricot (vgoh) a fait son apparition au Québec. Les papillons adultes arrivent majoritairement du sud et les femelles ciblent de préférence les champs de maïs dont les croix ne sont pas tout à fait sorties pour pondre leurs oeufs. À l'éclosion, les larves se nourrissent des panicules, puis des soies, et pénètrent dans l'épi, causant des blessures qui favorisent ensuite l'apparition de maladies. Dans certaines régions où les sols sont plus sableux, le vgoh cause des dommages chaque année. Les hybrides avec les caractères Viptera, Trecepta ou Leptra sont un must dans cette situation.
Ces trois technologies sont aussi à privilégier si vous implantez du maïs en semis direct sur un retour de prairie, ou dans des résidus de seigle d'automne, ou pour des champs moins bien drainés que vous semez toujours un peu plus tard. Ces conditions sont en effet toutes favorables au ver-gris noir.
Finalement, comme les insectes développent eux aussi des résistances losqu'un même mode d'action est utilisé à répétition pour les contrôler, c'est important de choisir, lorsque c'est possible, des caractères qui contiennent deux et mêmes trois protéines visant le même insecte. On peut également varier entre les caractères disponibles d'une année à l'autre, s'il ne contiennent pas la même matière active.
Au-delà des traits technologiques présentés dans cet article, les hybrides de maïs et les variétés de soya offerts par les semenciers ont été sélectionnés pour leurs forces variées. Ils sont aussi offerts avec différentes options de traitements de semences, qui valent la peine qu'on s'y attarde. Votre conseiller est là pour vous aider à choisir les meilleurs produits selon vos types de sol, votre régie, votre historique et vos objectifs !