
La lutte aux mauvaises herbes ne se termine pas une fois la récolte complétée. Ceci est surtout vrai pour le soya et les céréales semés en semis direct ou en travail réduit. La période entre la récolte et le prochain semis est le moment propice pour que les annuelles d’automne et les vivaces s’établissent dans vos champs. Lorsque ces adventices sont bien établies à l’automne, il sera plus difficile de les contrôler au printemps, et elles seront ainsi plus nuisibles à votre récolte future. De fait, les annuelles hivernantes (bourse à pasteur, armoise bisannuelle, vergerette du Canada, etc.), ainsi que les vivaces (pissenlit, laiteron des champs, graminées vivaces, etc.) sont beaucoup plus faciles à maîtriser avec des applications faites à l’automne.
Cela s’explique d’un point de vue physiologique car en fin de saison, ces plantes puisent l’énergie du soleil afin de l’emmagasiner dans leurs racines en vue de l'hiver à venir, le flux de la sève vers le bas permet donc d’apporter la matière active de l'herbicide jusqu'aux racines. À l'inverse, au printemps, ces espèces prennent l’énergie emmagasinée dans leurs racines, et la poussent vers les nouvelles feuilles afin de redémarrer « l’usine » à photosynthèse. Ce flux est donc contraire à la direction souhaitée, ce qui explique en grande partie que le contrôle par les herbicides soit plus difficile au printemps. De plus, les mauvaises herbes (du moins les bisannuelles) sont plus petites à l’automne donc plus faciles à contrôler. Un brûlage d’automne a aussi l'avantage de diminuer la biomasse des vivaces présentes au printemps, ce qui est une bonne chose puisque celle-ci retarde le réchauffement du sol et interfère avec les opérations de semis.
La résistance aux herbicides est aussi un sujet chaud dans l’industrie. Nous savons que l'utilisation répétée d'herbicides ayant le même mode d’action augmente les chances de voir apparaitre une résistance à ce mode d’action. Nous savons aussi que l'utilisation de modes d’action multiples, appliqués à différentes périodes de la saison, aide à retarder l’apparition de cette résistance. Par exemple, l’application de BlackHawk® (Groupe 14 et 4), en mélange avec du glyphosate, comporte 3 modes d’action différents, et aide à retarder l’apparition de vergerettes du Canada résistantes au glyphosate, un problème majeur chez nos voisins ontariens.
Généralement, un glyphosate additionné d’un groupe 2 (Express SG), 4 (2,4-D/Dicamba) ou 14 (Eragon/Aim) permet un contrôle adéquat des bisannuelles et vivaces en fin de saison. L’addition d’un herbicide résiduel au mélange n’est pas recommandée, car il n’y a pas vraiment de bénéfices versus le coût additionnel engendré.
Le traitement sera plus efficace lors de journées ensoleillées suivies de nuits au-dessus de 5°C que s'il est fait lorsque la température est plus froide. Les annuelles d’automne ne meurent pas après un fort gel, donc l’application peut se faire tard si les conditions propices se représentent.
Le brûlage d’automne devrait être particulièrement avantageux si :
Bref, le brûlage d’automne fait partie d’une stratégie de lutte intégrée en protection des cultures, conjointement à une bonne stratégie phytosanitaire en saison. Les bénéfices d’une utilisation appropriée des herbicides ne se limitent pas à la ferme, mais permettent globalement une production plus efficiente, de meilleurs coûts d’alimentation et plus de superficies disponibles. En remplaçant le travail de sol par les herbicides, les producteurs sont capables de réduire l’érosion, améliorer la matière organique, retenir l’humidité, économiser l’essence, etc. De bonnes pratiques doivent par contre être mises en place pour limiter les inconvénients et atténuer les irritants. Le brûlage en post-récolte est un excellent point de départ.