Pour y voir plus clair dans le marché des fertilisants

En agriculture, on dit souvent que les années ne se ressemblent pas. Et bien plusieurs d’entre vous doivent se rappeler de 2008-2009… non ? Du crash boursier de l'automne, de l'instabilité des marchés, et de la hausse vertigineuse des prix des fertilisants qui a suivi ? J’étais alors représentant et je me rappelle de cet hiver-là : ça ne me tentait pas d’aller vendre des fertilisants !

La pandémie actuelle nous permet de prendre encore mieux conscience des effets de la mondialisation et des jeux de pouvoir sur l'économie agricole. On a qu’à penser aux surtaxes à l'importation imposées lors de conflits géopolitiques, ou aux coupures massives des importations de grains canadiens par la Chine suite à l'arrestation de la directrice financière de Huawei à Vancouver à la fin de 2018. Ce sont ici quelques exemples qui nous démontrent qu’on ne fonctionne plus en vase clos, et que tout est interrelié.

Pour mieux comprendre ce qui se passe actuellement avec le marché des fertilisants, voyons dans un premier temps les principaux facteurs qui influencent le marché, l'approvisionnement et la provenance des matières premières, pour ensuite terminer par la stratégie d’achat à adopter dans ce contexte.

LES INFLUENCEURS

Le contexte géopolitique

Au début de l’automne 2021, la Chine et la Russie ont décidé de ne plus exporter d’urée. Ils veulent sécuriser leurs besoins internes et assurer la nourriture à leur peuple en temps de pandémie. Il faut savoir que la Chine est le plus gros producteur d’azote au monde : fournissant plus de 37% de la production mondiale, disons que les Chinois influencent grandement le prix de l’azote. En se retirant du marché, ces 2 pays forcent tous les importateurs à se tourner vers d’autres fournisseurs, ce qui met une énorme pression sur les producteurs qui restent. Cette diminution de l'offre, jumelée à une forte demande, font en sorte que les prix s’enflamment. 

Une catastrophe naturelle

Le dimanche 29 août 2021, l’ouragan Ida a touché terre à Port Fouchon en Louisiane. De catégorie 4 lorsqu'il a atteint la côte, il est retombé en catégorie 1 sur son chemin vers La Nouvelle-Orléans, causant autour de 65.25 milliards de dollars de dommage. Plusieurs installations de production et de distribution de fertilisants se trouvent dans cette région. Les réparations nécessaires après le passage d'Ida ont entraîné d'importants délais dans l'approvisionnement des fertilisants vers le centre des États-Unis par le Mississipi, un retard difficile à rattraper.

L'énergie

Il faut savoir, sans entrer dans les détails, que l’ammoniac sert à la fabrication de presque tous les fertilisants ayant une base azotée, tel que les nitrates, CAN, NK21, Urée, Sam, 18-46-0 etc… Et l'élaboration de l'ammoniac, en dehors de la Chine, se fait à partir du gaz naturel.

Le coût de l’énergie en Europe connaît une ascension vertigineuse qui limite la fabrication de tout ce qui est à base de gaz naturel. La Russie, un des plus gros producteurs de gaz naturel, ayant cessé de fournir l’Europe, pour des raisons politiques surtout.

La fermeté du marché

En 2021, les prix du maïs-grain et du soya ont atteint des niveaux records : 400$/TM pour le maïs et plus de 700$/TM pour du soya RR. Même aujourd’hui, les prix sont encore très élevés. La Chine, qui refait une partie de ses stocks en grains et qui achète sur les marchés internationaux, aide au maintien des prix. Les prévisions de semis pour ces cultures sont en augmentation. Cette situation permet bien sûr aux compagnies qui fabriquent des fertilisants d’augmenter leurs marges bénéficiaires. Les quantités d’engrais sur le marché sont limitées et les options d'achats aussi.

L'inflation et le taux de change

En termes simples, l’inflation est une hausse persistante du niveau moyen des prix au fil du temps. La Banque du Canada vise à maintenir l’inflation à un taux de 2 %, soit au point médian d’une fourchette cible allant de 1 à 3 %. Plusieurs économistes s’entendent sur le fait que les taux d’intérêt en 2022 ne peuvent plus descendre, et qu'il faut au contraire s’attendre à des hausses de taux, ce qui ne surviendra pas sans affecter les marchés et le pouvoir d'achat.

Mais l'impact du taux de change sur les fertilisants est encore plus important pour les acheteurs au niveau mondial, les transactions étant réalisées en dollars américain. Par exemple, en 2021, le taux de change moyen en USD a été de 1.2535, soit 0.7465 $ CAN pour un dollar américain. En janvier 2022, au moment d’écrire ces lignes, le taux de change en USD était de 1.2484, soit 0.7516 $ CAN par dollar américain. Chaque 0.01 d'augmentation du taux de change, pour de l'engrais à 1000$/TM, représente un coût de 10$/TM de plus en argent canadien... En l'espace de quelques jours, le prix peut facilement bouger de 20 à 30$/TM simplement à cause du taux de change.

L'APPROVISIONNEMENT

Les matières premières qu'on utilise ont un long chemin à parcourir pour se retrouver dans vos champs. Les phosphores proviennent en grande partie du Maroc, de la Russie, des États-Unis, de l'Australie, etc… Au niveau de l’approvisionnement en azote, les principaux joueurs sont les États-Unis, la Russie et la Chine. La potasse, quant à elle, provient en grande partie du Canada, de la Russie et des États-Unis. 

Il faut considérer les contraintes et les délais des différents modes de transport. Le dernier bateau pour les fertilisants de post-levée, par exemple, doit être commandé au plus tard début de mars pour l’avoir au début de juin. On peut imaginer que le délai serait allongé si les ports maritimes sont touchés par la pandémie comme ce fut le cas sur la côte Ouest américaine.

L’indice Baltic Dry, un indicateur de l'évolution des coûts du fret maritime vrac sec, permet de constater que le coût du transport a presque triplé pour les fertilisants. Habituellement ce qui nous coûte autour de 25$ à 35$/TM en transport maritime nous en coûte maintenant de 75$ à 100$/TM. Le transport par barge ou train a lui aussi augmenté, d'environ 30$/TM en temps normal, à 65-70$/TM.

FERTILISANTS, UNE STRATÉGIE D'ACHAT

Après avoir fait un survol de la situation actuelle, comment gérer le risque dans une année semblable ? Voici quelques pistes de réflexion :

Une première idée, considérant les enjeux d'approvisionnement, serait de traduire rapidement en commandes fermes les paiements anticipés faits dans les derniers mois. En connaissant ce que vous avez vendu et acheté, c’est beaucoup plus facile pour évaluer la situation et s’adapter.

ll est évident que personne dans la chaîne d'approvisionnement ne voudra rester pris avec des fertilisants à gros prix. Chaque acteur devra assumer une partie du risque. Essayez d'évaluer à l'avance vos besoins, discutez-en avec votre conseiller et sécurisez petit à petit des quantités de fertilisants, pour être certains d'avoir ce qu'il vous faut au moment voulu.

Finalement, l'indécision quant au plan de semis exposera certaines superficies au marché des fertilisants de l’été. Il serait judicieux de ne pas trop tarder pour réviser les plans de cultures et s’assurer de l’exactitude des besoins en fertilisants. À chacun sa stratégie bien sûr, mais il est certain que les changements de dernières minutes seront plus difficiles à traiter cette année !

Bonne saison 2022 !

 

Références :

Bloomberg.com

Inflation - Banque du Canada (bankofcanada.ca)


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