Les nématodes parasites des cultures

Les nématodes parasites des plantes représentent souvent un problème sous-estimé. Les symptômes typiques, soit le jaunissement du feuillage et le ralentissement dans la croissance, sont fréquemment attribués à tort à des maladies ou des causes physiologiques comme la sécheresse ou des carences. Pourtant, les nématodes sont partout ; représentant en nombre le 4/5 du règne animal, on les retrouve autant dans l’eau et le sol que dans les tissus animaux et végétaux. Cependant, ce ne sont pas tous les nématodes qui sont néfastes pour nos cultures, certains pouvant même être bénéfiques pour la lutte antiparasitaire. Dans cet éventail d’espèces, les nématodes parasites sont donc loin d’affecter seulement la pomme de terre ; ayant un large spectre de cultures hôtes, ils peuvent causer des dommages considérables dans les cultures plus sensibles.

La lutte contre les nématodes parasites n’est pas chose simple puisque peu de produits existent sur le marché pour les contrôler. Depuis les années 70, les divers fumigants utilisés ont progressivement été retirés, notamment en raison de leurs effets néfastes sur l’environnement. Cette situation encourage donc le recours à des méthodes alternatives. Qu'il s'agisse d'implanter des pratiques culturales comme les engrais verts, d'opter pour des moyens physiques comme la solarisation ou l’inondation, de recourir à la lutte biologique en utilisant bactéries et champignons, plusieurs outils peuvent être considérés dans l'élaboration de programmes de lutte intégrée. Dans tous les cas, la première étape devrait être le dépistage et l'identification des nématodes. Un premier indice pour détecter la présence de nématodes parasites est la distribution spatiale des dommages dans le champ. Les foyers se présentent souvent sous forme de taches irrégulières qui s'étirent dans le sens du passage de la machinerie. Analyser le sol est ensuite fortement recommandé pour confirmer à quelle(s) espèce(s) nous avons affaire, afin d’adapter nos stratégies de lutte. Au Québec, les espèces dommageables les plus importantes sont le nématode cécidogène (Meloidogyne hapla), le nématode des lésions (Pratylenchus penetrans), le nématode des tiges est des bulbes (Ditylenchus dipsaci), le nématode à kyste du soya (Heterodera glycines) et le nématode dague (Xiphinema americanum). Les trois premières espèces sont également celles que l’on retrouve le plus souvent en terre noire et sont aussi celles qui entraînent le plus gros impact économique.

Le nématode cécidogène est un endoparasite sédentaire lié à plus de 550 plantes hôtes, incluant la carotte, le céleri, la tomate, la pomme terre, les cucurbitacées et les brassicacées. Cependant, c’est dans la carotte en terre noire que le nématode cécidogène a attiré le plus d’attention, la densité de ravageurs nécessaire pour causer des dommages étant extrêmement faible. Il provoque le développement abondant de radicelles, de racines chevelues, et la formation de nodules blanchâtres sur ces dernières (voir photos). La première méthode de lutte recommandée contre ce nématode est l’ajout d’une céréale dans une rotation de 3-4 ans, puisqu’aucune culture de cette famille ne fait partie des ses hôtes. L’utilisation de cultures trappes à croissance très rapide, comme l’épinard ou le radis, est aussi une bonne option, puisque le nématode complète son cycle en 3-4 semaines environ et n’a donc pas le temps de proliférer avant la récolte. D’autres bonnes pratiques comprennent la lutte aux mauvaises herbes, plusieurs de celles-ci étant de très bons hôtes, et l’utilisation d’engrais verts incluant des crucifères riches en glucosinolates, un fumigant naturel.

Le nématode des lésions est aussi un endoparasite, c'est-à-dire qu'il complète la majorité de son cycle dans la racine de son hôte, tout comme le nématode cécidogène. Par contre, à la différence de ce dernier, il est migratoire, ce qui signifie qu’il se déplace dans cette racine, créant des lésions et ouvrant ainsi la porte à des champignons comme le Pythium, le Fusarium et le Verticillium. Ayant un cycle de développement de la même durée que le nématode cécidogène, les cultures trappes sont ici aussi un bon moyen de lutte, tout comme les engrais verts et un bon contrôle des mauvaises herbes. La matricaire odorante, la vesce jargeau, le chiendent et le pied-de-coq sont des mauvaises herbes qui encouragent particulièrement la reproduction du nématode des lésions. Ce nématode compte au-delà de 350 hôtes, comprenant les légumineuses, les céréales, les petits fruits et plusieurs autres cultures maraîchères, ce qui laisse moins de choix pour élaborer une rotation astucieuse. Des recherches ont tout de même démontré que l'incorporation du millet perlé fourrager dans la rotation pouvait baisser considérablement la population de nématodes dans plusieurs cultures, dont la pomme de terre, la framboise, la fraise, la pomme et le soya.

Le nématode des tiges et des bulbes, quant à lui, est aussi un endoparasite migratoire, mais à l’inverse de ses deux cousins décrits ci-haut, il n’attaque pas la racine, mais la partie aérienne de son hôte, donc la tige. Il est surtout réputé pour causer de très importants dommages dans la culture de l’ail, mais il peut affecter aussi l’oignon, la fraise, les légumineuses, les céréales, et les plantes ornementales, en particulier les fleurs à bulbes. Le principal moyen de propagation de ce nématode est l’utilisation de semences ou de transplants infectés. Grâce à un processus appelé cryptobiose, par lequel le nématode entre dans un état latent, il peut survivre jusqu’à 5 ans dans le sol sans la présence d’une plante hôte. Les méthodes de lutte proposées contre ce nématode sont donc d'éviter d'utiliser des semences ou transplants contaminés et de cultiver dans un sol non contaminé dans la mesure du possible. Exclure de la rotation les plantes hôtes pour au moins 3-4 ans est un autre moyen de garder le sol propre. Finalement, le traitement de la semence à l’eau chaude aide aussi à éliminer les nématodes.

L’importance de la présence de nématodes parasites des plantes au Québec est encore mal cernée. Malgré qu'on les reconnaisse de plus en plus dans le secteur maraîcher, où ils causent des dommages évidents, on prend souvent pour acquis que les champs cultivés en grandes cultures en sont dénués. Il ne faut pas oublier que le nombre de plantes hôtes est grand, incluant des mauvaises herbes. La présence de nématodes est alors constatée seulement lorsque qu’il y a rotation avec une culture plus sensible. Bien que l’arrivée de nouveaux nématicides sur le marché serait bienvenue, une bonne gestion des nématodes repose d’abord sur de bonnes pratiques culturales, auxquelles la lutte chimique est combinée dans des cas d’infestation plus sérieux.


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