Apprentissages chez nos voisins du Sud

Il y a quelques semaines, des conseillers horticoles du réseau Agrocentre se sont rendus en Floride pour visiter quelques fermes et des centres de recherche. Voici un bref aperçu de ce qu'ils ont appris...

Plantation intercalaire piments-concombres

Chez Lipman Family Farms, un premier essai de plantation intercalaire piments-concombres est en cours.

La culture des piments se fait un peu comme chez nous : sur buttes, en rangs doubles, sous paillis de plastique, avec fertilisation au goutte-à-goutte. Les buttes ont 12 pouces de haut et sont distancées de 18 pouces.

La récolte des piments se termine vers la mi-janvier, puis les plants sont brûlés par herbicide mais laissés sur place, de sorte que les tiges principales des plants de piments sont toujours bien visibles. Au moment de notre visite, les travailleurs mexicains venaient de transplanter des concombres sur les buttes, entre les plants de piments desséchés. Selon l’agronome de la ferme, si cette technique est un succès, elle permettra d’économiser $14 000.00/acre en matériel et main-d’œuvre.

L’idée est excellente mais on se questionne sur la facilité de récolter les concombres au travers les tiges de poivrons et les tuteurs. Il faudra aussi évaluer la pression des mauvaises herbes qui risquent de pousser près des tiges de piments là où le paillis est percé.

Intégration de gènes de résistance aux maladies, l’exemple du melon d’eau chez Sakata

L’une des principales raisons du développement génétique est de créer de nouvelles variétés ayant une meilleure résistance aux maladies ou aux insectes. Une résistance intégrée dans un nouveau cultivar permet la diminution et idéalement l’élimination des produits de phytoprotection nécessaires pour contrôler la maladie ou l’insecte selon le cas. 

À la station de recherche de Sakata à Fort Myers en Floride, des généticiens spécialistes pour chacune des cultures ont une lourde tâche. Si on prend l’exemple du melon d’eau, une nouvelle variété prend environ 7 à 10 ans avant d’arriver au stade de commercialisation. Lors d’un nouveau projet de croisement génétique, les généticiens doivent donc considérer non seulement les besoins immédiats du marché mais aussi essayer d’anticiper les besoins qu’auront les producteurs et consommateurs dans 10 ans. Présentement, la flétrissure fusarienne race 2 causée par Fusarium oxysporum, est une maladie dévastatrice pour le melon d’eau et les généticiens cherchent à développer de nouvelles variétés résistantes à ce pathogène. 

D’où viennent les gènes résistants ? Voici ce que nous avons retenu :

Le USDA (Département d’Agriculture des États-Unis) possède une banque de semences très élaborée, pour la conservation du patrimoine génétique d’une multitude de plantes cultivées mais aussi de plantes sauvages apparentées. Un généticien peut donc demander à recevoir des semences de différentes variétés dites « sauvages » de l’inventaire semencier de l’USDA, dont le germoplasme possède des gènes déjà identifiés de résistance à la maladie ciblée. Il les cultive ensuite, et confirme la résistance à la flétrissure fusarienne race 2. Il procède alors aux croisements de cette variété résistante avec des variétés non résistantes mais à potentiel commercial. Une décennie plus tard, on peut se retrouver avec une variété résistante, ayant un bon potentiel de rendement et possédant les caractéristiques essentielles à sa mise en marché.

Pour Sakata, 60 nouveaux hybrides commerciaux de melon d’eau ont vu le jour en 25 ans de recherche ; ces hybrides sont maintenant commercialisés dans plusieurs pays pour différents types de marchés.

Visite d’une plantation de fraises

Près de Tampa, la plantation des fraises se fait au mois de septembre. La récolte des fruits débute à la mi-novembre et se termine au début avril, moment où la production californienne envahit le marché et la compétition devient trop forte pour la Floride. Puisque la température est trop chaude pour permettre la survie des plants de fraises en été, la culture est détruite tous les ans au printemps et un engrais vert est semé.

Le coût de production de la fraise est évalué à $30 000.00/acre dans cette région. Les producteurs cultivent sur un sol à 93% de sable et même parfois plus. Bien entendu, tout est sous goutte-à-goutte pour la fertilisation et l’irrigation.

Un problème majeur est l’omniprésence de nématodes dans le sol. La principale espèce est le « Sting nematode » ou Belonolaimus longicaudatus. Cette espèce est spécialement adaptée aux sols sableux de la Floride et à son climat chaud et humide, elle n’est pas présente chez nous au Québec. Ce pathogène affecte la culture dès son implantation au champ en mangeant les racines du plant et compromet grandement les rendements. Jusqu’à ce jour, la seule façon de contrôler les nématodes en Floride était la fumigation du sol, qui détruit malheureusement aussi les organismes bénéfiques. Par chance, des nématicides apparaissent présentement sur le marché et permettent de détruire uniquement les nématodes. C’est le cas de Salibro, un nouveau produit de Corteva Agriscience™.

Une toute nouvelle maladie vient aussi de voir le jour pour la culture de la fraise en Floride : le Pestalotiopsis. Ce champignon pathogène fut d’abord étudié en 2015 en Belgique puis observé sur des plants de fraises au Mexique en 2018. Les premiers symptômes sont une décoloration des feuilles, puis des taches noires arrondies s'y forment et produisent finalement des nécroses. Les tiges deviennent infectées par la suite et la plante affaiblie devient plus vulnérable à une infection secondaire, par exemple Phytophtora, menant à l’affaissement du plant. Pour le moment, seulement quelques petits foyers d’infection sont présents en Floride mais il faudra suivre ce dossier. Voir les liens suivants pour plus d’informations sur le sujet :

https://apsjournals.apsnet.org/doi/10.1094/PDIS-05-19-1010-PDN

https://pubag.nal.usda.gov/catalog/5700478

À l’ère de la lumière UV pour contrôler insectes et maladies

Une équipe multidisciplinaire de chercheurs travaillant en collaboration avec Cornell AgriTech, a mis au point une technologie permettant la suppression et le contrôle de l’oïdium dans différentes cultures par irradiation de lumière UV. L’exposition du champignon à une faible quantité de lumière UV permet de tuer le pathogène sans affecter la culture.

Différents prototypes sont automoteurs, d’autres doivent être tirés derrière un tracteur. Ils sont à l'essai depuis 3 ans dans différentes cultures dont le raisin, la fraise, certaines fines herbes et le concombre de serres.

Chez un producteur de fraises à Dover, en Floride, les résultats semblent prometteurs. Il serait aussi possible de réduire les populations de thrips et de mites dans cette culture avec la même technologie. Pour plus d’informations, voici un lien intéressant :

https://news.cornell.edu/stories/2019/05/uv-light-may-be-ripe-replace-chemicals-fungus-fight

 


Essais dans le maïs sucré

Comme vous le savez probablement, depuis l'automne 2018, les néonicotinoïdes de la classe 3A, soit ceux qui


Modifications des étiquettes, ce qu’il faut savoir

Les pesticides ont amplement fait les manchettes au Québec, dans la dernière année. Plusieurs matières actives sont


Les alternatives au chlorpyriphos dans les crucifères

Depuis maintenant deux ans, des modifications ont été apportées à la réglementation sur les pesticides afin de réduire