Le marché des fertilisants occupe une place stratégique dans l’agriculture mondiale. En 2025, il est estimé entre 270 et 290 milliards CAD, avec une prévision de croissance entre 303 et 324 milliards CAD d’ici 2030, soit un taux de croissance annuel composé entre 2,2 et 3,4%. Cette expansion est engendrée par la nécessité d’augmenter les rendements agricoles pour répondre à la demande alimentaire croissante, dans un contexte de population mondiale en hausse et de réduction des terres arables.
Structure et tendances du marché
Les fertilisants se divisent en trois grandes catégories : azotés (urée), phosphatés et potassiques. L’Asie-Pacifique domine le marché, notamment la Chine figurant parmi les principaux producteurs d’engrais et l’Inde parmi les principaux consommateurs. Les grandes cultures (blé, maïs, soya) représentent la majorité des volumes, car elles sont essentielles pour l’alimentation humaine et animale.
Cependant, ce marché est marqué par une forte volatilité des prix, influencée par des facteurs géopolitiques, énergétiques et environnementaux. Depuis 2022, la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et les restrictions commerciales ont bouleversé les équilibres, entraînant des hausses significatives des coûts des intrants.
Répartition mondiale de la consommation d’engrais par catégorie et région (2023) :
Pourquoi la montée du phosphore ?
Le prix des engrais phosphatés, notamment le DAP (18-46-0), a augmenté de 30 % entre janvier et octobre 2025, atteignant une moyenne d’environ 1 150 CAD la tonne. Plusieurs facteurs expliquent cette tendance :
- Restrictions à l’exportation chinoise : La Chine, premier exportateur mondial de phosphates, a réduit ses ventes internationales pour privilégier sa stabilité agricole nationale et sa sécurité alimentaire. Cette politique crée une tension sur l’offre mondiale.
- Sanctions contre la Russie : Les mesures occidentales ont limité les flux d’engrais russes, perturbant les chaînes d’approvisionnement et accentuant la dépendance à quelques fournisseurs clés.
- Demande accrue pour les énergies nouvelles : Le phosphore est un élément stratégique pour les batteries lithium-fer-phosphate (LFP) et les électrolytes (LiPF6). Cette utilisation industrielle croissante réduit la disponibilité pour l’agriculture et soutient les prix.
- Facteurs géopolitiques et tarifaires : Les États-Unis ont imposé des droits de douane sur certaines importations, ce qui a renchéri le coût des phosphates sur le marché nord-américain.
Pourquoi la montée de l’urée ?
L’urée, engrais azoté le plus utilisé, a connu une hausse de 5% entre janvier et octobre 2025, avec des prix dépassant 790 CAD la tonne. Les raisons sont multiples :
- Coût du gaz naturel : L’urée est produite à partir d’ammoniac, lui-même issu du gaz naturel. Les fluctuations des prix du gaz, notamment en Europe et au Moyen-Orient, ont directement impacté les coûts de production.
- Perturbations géopolitiques : Le conflit Israël-Iran a entraîné la fermeture d’usines iraniennes (5 à 6 millions de tonnes annuelles), provoquant une flambée des prix de 70 à 85 CAD/tonne en quelques jours.
- Réduction de production en Égypte et Iran : Les coupures de gaz résultants des perturbations géopolitiques ont entraîné des pertes de production aggravant la tension sur l’offre.
- Demande soutenue en Inde et au Brésil : L’Inde a acheté environ 4 millions de tonnes lors de ses appels d’offres entre septembre et novembre et prévoit encore 2,5 millions d’ici début 2026. Cette demande massive limite les disponibilités pour les autres marchés.
Pourquoi le marché des fertilisants ne suit pas celui des grains ?
Contrairement à une idée reçue, le marché des fertilisants ne suit pas automatiquement celui des grains. Plusieurs raisons expliquent cette déconnexion :
- Décalage temporel : Les décisions d’achat d’engrais sont prises avant la saison de semis, souvent sur la base de prévisions, alors que les prix des grains fluctuent en fonction des récoltes et des marchés à terme.
- Coûts de production indépendants : Les prix des fertilisants dépendent surtout des coûts des intrants (gaz, minerais), des politiques commerciales et des tensions géopolitiques, alors que les grains sont influencés par la météo, les stocks et la demande alimentaire.
- Élasticité faible : Même si les prix des grains baissent, les agriculteurs doivent maintenir un certain niveau de fertilisation pour préserver la fertilité des sols et éviter des pertes de rendement à long terme.
- Facteurs structurels : Les engrais sont liés à des industries chimiques mondiales, avec des cycles d’investissement lourds et des contraintes réglementaires, ce qui les rend moins sensibles aux variations rapides des marchés agricoles.
Perspectives
À court terme, les prix des fertilisants devraient rester élevés, soutenus par la demande et les coûts énergétiques. Une stabilisation est attendue en 2026 avec l’entrée en service de nouvelles capacités en Asie et au Moyen-Orient. Toutefois, la transition énergétique et la montée des biofertilisants pourraient redéfinir la structure du marché d’ici 2030.
Sources :
1. Fonds monétaire International
2. International Fertilizer Association
3. CRU group
4. World Bank Commodity prices
5. FAO-FAOSTAT – Trade and fertilizer use
6. USDA
7. Taux de change USD/CAD = 1.41 (au 19 novembre 2025)