Un temps de réflexion

Avant de faire des achats, plusieurs consommateurs regardent les circulaires ; pour planifier quoi et où acheter en fonction des rabais. Ils essaient d'éviter ce qui est trop cher, ils surveillent leurs dépenses. Personne n'aime payer le gros prix pour un produit qui, la semaine dernière, ou l'année dernière, était beaucoup moins dispendieux !

Avec la hausse des prix des fertilisants et de plusieurs autres intrants cette année, le réflexe normal sera de tenter de couper dans les dépenses. Mais avant de prendre des décisions, une réflexion s'impose...

L'azote

Plusieurs producteurs considèrent l'option de réduire l'apport d'azote, alors que le prix des fertilisants dépasse les 1000$ par tonne.

Mais vous le savez, le maïs est une culture qui nécessite beaucoup d'azote tout au long de sa croissance. Selon le type de sol et sa teneur en matière organique, la région, la météo, la rotation des cultures, la régie ou l'hybride choisi, l'apport d'azote sous forme minérale sera plus ou moins déterminant sur le rendement final.

Tous ces facteurs sont implicitement considérés quand, par des essais, on détermine la dose économique optimale (DÉO). Cette dose correspond à la quantité d’azote apportée par un fertilisant minéral, qui optimise le gain économique pour le producteur compte tenu du coût de l’azote et du prix de vente net de la récolte. Selon Dave Hooker, professeur et chercheur à l'université de Guelph, même si le ratio prix de l'azote/prix du maïs doublait en 2022 par rapport à 2021, l'impact sur la dose économique optimale ne serait pas aussi marqué qu'on pourrait le penser. Selon les calculs qu'il a présentés à l'automne dans un épisode de Corn School sur realagriculture.com, avec les prix de 2021, la dose économique optimale d'azote dans le maïs était de 206 kg N/ha. En considérant de l'azote deux fois plus chère, la DÉO descend à 190 kg N/ha . Bien sûr, ces calculs sont basés sur des résultats d'essais menés dans des conditions un peu différentes des nôtres, mais le message important à retenir ici c'est que la dose économique optimale ne varie somme toute pas tant que ça, même en doublant le prix de l'azote...

D'ailleurs, pour illustrer ce propos, on a regardé les résultats d'essais menés l'été dernier à St-Hyacinthe sur différentes régies de l'azote, et observé une augmentation moyenne du rendement (bien que non-significative) de 452 kg/ha avec une fertilisation azotée totale de 200 kg N/ha par rapport à 160 kg N/ha. En considérant du maïs à 300$/t, ça donne tout de même un revenu supplémentaire de 135.60$/ha ; ça vaut la peine de sortir la calculatrice avant de décider de couper drastiquement...

Ceci étant dit, il est tout de même bon de se rappeler plusieurs bonnes pratiques générales qu'il sera encore plus rentable de mettre en place une année comme celle-ci. Le fractionnement de l'azote, les tests de nitrate pour valider les doses en post-levée, des doses adaptées champ par champ selon le précédent cultural, le niveau de matière organique, le type de sol et son état, etc. 

Finalement, certains semenciers, comme Croplan par Winfield United, attribuent à leurs hybrides de maïs des indices de réponse à l'azote (RAN). Les hybrides avec un indice RAN faible tolèrent les stress liés aux taux d'azote moins qu’optimaux mieux que les autres hybrides. Ils utilisent l'azote plus efficacement (floraison précoce, physiologie interne, etc.), en trouvent plus dans le sol (pénétration profonde ou grand système racinaire) et ajoutent de la stabilité dans les rotations de monoculture de maïs. Déterminer son choix d'hybrides en fonction de leur capacité à bien produire avec moins d'azote, c'est également une astuce intéressante !

Le phosphore et le potassium

Vos analyses de sol sont un outil tellement important pour déterminer dans quels champs il est critique de ne pas sous-fertiliser ; assurez-vous qu'elles sont à jour et représentatives. Quand les fertilisants sont chers, ce n'est certainement pas une bonne année pour adopter une stratégie d'enrichissement, mais un apport suffisant est tout de même important, surtout dans les champs dont les analyses montrent des niveaux faibles en P et/ou en K. 

Le potassium est un élément particulièrement important dans les plantes, entre autres pour la translocation des sucres et des acides aminés vers les racines et les grains (ou fruits) en développement. Il aide donc au développement racinaire et à celui de la récolte ! Les plants carencés en K sont plus sensibles aux stress hydriques et biotiques. Avec les épisodes de canicules plus fréquents que l'on connaît, c'est un élément dont vous ne voulez pas manquer ! 

Fertiliser avec du fumier ?

La fertilisation organique a bien sûr des avantages que la fertilisation minérale n'a pas, et si vous avez la possibilité d'épandre du fumier, vous aurez évidemment moins de nutriments à combler avec des fertilisants minéraux. Il est simplement bon de rappeler qu'il y a des risques environnementaux plus importants associés aux épandages de déjections animales, en fonction du type de fumier, du moment d'épandage, de la dose, et de l'enfouissement. Pour bien profiter du plein potentiel fertilisant des fumiers, assurez-vous simplement de suivre les recommandations de votre plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF).

Faire plus de soya et moins de maïs ?

Prenez le temps de faire vos calculs, car même si le soya nécessite moins de fertilisants, il n'offre pas nécessairement une meilleure marge que le maïs, surtout avec les niveaux de prix rencontrés dans les dernières semaines. Et chaque tonne de soya prélève tout de même 15 kg de phosphore et 23 kg de potassium : c'est une culture qui puise dans les réserves du sol, sans retourner beaucoup de matière organique. L'idéal est encore de s'en tenir le plus possible au plan de rotation établi.

Le désherbage

Un petit mot sur le désherbage, puisque au niveau de la phytoprotection aussi certains produits, comme le glyphosate, ont subi une hausse de prix majeure. Les délais d'approvisionnement sont également un enjeu qu'il faut prendre en compte pour 2022. Bref, les stratégies de désherbage devraient être réfléchies d'avance, en fonction des observations des dernières années. C'est un aspect de la production qui doit être considéré, autant que la fertilisation, puisqu'un contrôle insuffisant des mauvaises herbes peut également avoir un impact non-négligeable sur le rendement.

En conclusion, rappelez-vous que votre conseiller Agrocentre est là pour vous aider, pour travailler avec vous à trouver la meilleure stratégie pour faire face à ce début d'année un peu fou ! Faire preuve de transparence vis-à-vis de votre détaillant sur vos intentions, vos hésitations et vos craintes permettra à coup sûr une meilleure collaboration et un dénouement plus heureux pour tout le monde !

De la part de toute l'équipe du Réseau Agrocentre, nous vous souhaitons une belle année 2022, avec juste assez de défis pour que ce soit stimulant, et surtout de belles réussites pour couronner tous vos efforts !

 

 


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