Tour d’horizon sur les biostimulants

Avec la grande variabilité des conditions météorologiques des dernières saisons et l’augmentation du prix des intrants, certains agriculteurs se tournent vers un outil alternatif pour maximiser ou stabiliser leurs récoltes : les biostimulants. Selon le European Biostimulants Industry Consortium, un biostimulant est défini comme une substance ou un microorganisme capable d’accomplir une ou plusieurs des fonctions suivantes : réduire l’impact des stress abiotiques, améliorer la fertilisation ou faciliter l’assimilation des nutriments, contribuant ainsi à améliorer la qualité des récoltes. Les biostimulants peuvent être classés en quatre catégories : ceux élaborés à partir d’extraits d’algues, les microorganismes biostimulants (bactéries et champignons), ceux à base d’acides humiques, et les acides aminés ou autres hydrolysats de protéines. Faisons le tour de quelques-uns que nous avons essayés.

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Les biostimulants à base d’extraits d’algues suscitent l’intérêt de plusieurs, surtout pour leur teneur naturelle en hormones de croissance. Selon le type d’algues utilisées, la nature et l’abondance de ces composants bénéfiques peuvent varier. Les effets positifs de cette classe de biostimulants sont nombreux : stimulation de la croissance, que ce soit des racines ou du feuillage ; augmentation de la floraison et de la fructification ; intensification de la pigmentation du feuillage ; résistance accrue aux stress biotiques et abiotiques. La compagnie rimouskoise Organic Ocean se spécialise dans la fabrication de produits d’origine marine et offre plusieurs biostimulants à base d’extraits d’algues. Parmi ceux que nous avons testés,le plus populaire est sans nul doute l’Inicium, qui est déjà utilisé très fréquemment en cultures horticoles. Principalement appliqué comme traitement de semence, il peut être aussi utilisé en traitement foliaire. L’Inicium est composé d’hormones de croissance (auxines et cytokinines), d’osmoprotecteurs, d’éliciteurs, d’acides humiques, ainsi que d’autres acides organiques. Il aide à stimuler la croissance des tissus racinaires et aériens, en plus d’augmenter la résistance aux stress environnementaux. Nos observations sur les oignons ont démontré que la germination plus rapide et uniforme résultant du traitement permet de réduire les pertes dans la population d’oignons.

Dans la catégorie des biostimulants à base de microorganismes, les mycorhizes sont généralement les premiers produits qui nous viennent à l’esprit. Cependant, avec la hausse des prix des engrais observée au cours des dernières saisons, le marché a suscité un intérêt croissant pour le développement de solutions alternatives aux fertilisants conventionnels. Ainsi ont émergé les biostimulants à base de bactéries fixatrices d’azote. Ces biostimulants font appel à des bactéries pour transformer l’azote présent dans l’air en ammonium, une source d’azote directement accessible aux plantes. Nous avons expérimenté l’Utrisha, un biostimulant développé par Corteva, qui se démarque dans cette catégorie de produits. Utrisha est composé de bactéries nommées Methylobacterium symbioticum qui entrent par les stomates des feuilles lors de l’application foliaire. Ces bactéries se dirigent ensuite vers les cellules des feuilles où elles fixent l’azote de l’air pour que la plante puisse l’utiliser. Grâce au travail des microorganismes, la plante n’a pas besoin de dépenser son énergie pour que le processus s’effectue. Le produit permet un apport en azote différent de l’application d’engrais, ce qui diversifie la disponibilité d’azote et aide la plante à des moments cruciaux de son développement.

Nos essais ont principalement porté sur le maïs grain, mais nous avons également évalué quelques parcelles de laitues et de piments. Nos observations dans le maïs grain ont été peu concluantes puisque le traitement n’a pas toujours démontré un avantage de rendement. Cependant, nos essais dans la laitue pommée et le piment ont produit des résultats intéressants. Dans nos trois parcelles de laitue pommée, que nous avons traitées avec une application foliaire deux semaines après la transplantation, nous avons noté une différence dans le poids et le remplissage de la tête de la laitue. Pour notre essai sur le piment, nous avons remarqué que les piments traités étaient plus susceptibles d’être affectés par l’anthracnose. Il est important de noter que cette maladie peut être favorisée par un apport excessif d’azote.

Syngenta propose également un biostimulant équivalent à Utrisha, appelé Envita. La principale distinction entre ces deux produits réside dans leur formulation, Utrisha se présentant sous forme de poudre, tandis qu’Envita est liquide. L’application d’Utrisha se fait exclusivement par traitement foliaire, tandis qu’Envita peut être utilisé aussi bien en traitement foliaire qu’en traitement de sillon. Envita tire parti de l’action d’une bactérie appelée Gluconacetobacter diazotrophicus (Gd) pour fixer l’azote de l’air et optimiser la fertilisation des plantes. Cette bactérie établit une relation bénéfique avec la plante en développant des vésicules à l’intérieur des cellules, favorisant ainsi la fixation de l’azote. L’avantage de ce produit réside dans le développement des vésicules dans toutes les cellules de la plante, assurant ainsi un apport en nutriments aux endroits nécessaires tout au long de la saison. La remarquable mobilité des bactéries est ce qui permet aux producteurs d’appliquer Envita au sillon aussi.

Au cours des dernières années, de nouveaux acteurs ont émergé sur le marché des biostimulants au Québec, et parmi eux, Lallemand se démarque grâce à son expertise dans l’utilisation de microorganismes et à sa gamme de produits diversifiée. En effet, cette compagnie fondée à Montréal dans le but de produire de la levure de boulangerie offre maintenant des biostimulants foliaires et racinaires. Un de leurs produits que nous avons eu l’occasion d’essayer cet été est LALSTIM OSMO. Ce biostimulant à base de glycine bétaïne, un composé osmorégulateur bien connu, réduit le stress abiotique des plantes en régularisant le niveau d’eau dans les cellules. Cette action améliore la résistance des tissus de la plante tout en lui permettant de poursuivre le processus de photosynthèse peu importe le niveau d’eau. LALSTIM OSMO permet donc aux plantes de garder leur potentiel de rendement même lorsque les conditions ne sont pas idéales.
Nous avons essayé ce biostimulant dans deux parcelles, soit une de pommes de terre et une de haricots. Dans les deux cas, nous avons procédé à un traitement foliaire juste avant la floraison. La parcelle de pommes de terre n’a donné aucun résultat notable, aucune différence entre les traitements n’a été relevée. En revanche, dans la parcelle de haricots, nous avons remarqué un feuillage plus luxuriant et une production de fruits décalée sur les plants traités.

Pour conclure, les biostimulants offrent des solutions pour une agriculture durable, mais ils nécessitent une évaluation contextuelle. Les résultats mitigés de nos essais soulignent l’importance de l’adaptabilité de ces produits à nos types de sol, nos pratiques agricoles et nos cultures. Néanmoins, l’avenir semble prometteur pour ces produits innovants.


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