Gestion de l’azote : les inhibiteurs pour réduire les pertes.

L’azote a une place importante dans nos systèmes agricoles ; qu’il provienne d’une source organique ou de synthèse, c’est un nutriment indispensable à la croissance des cultures. L’azote existe sous plusieurs formes, et évolue de l’une à l’autre, suivant un cycle. Sous certaines conditions, il devient du protoxyde d’azote (N2O), un gaz à effet de serre 273 fois plus puissant que le CO2. À l’échelle canadienne, 80% des émissions de N2O sont d’origine agricole (ECCC, 2018) : de ce constat découlent donc certaines mesures gouvernementales visant la diminution des quantités de fertilisants azotés utilisés, ou du moins, la réduction des émissions associées à leur utilisation.

Parmi les bonnes pratiques de gestion de l’azote, il y a l’utilisation de fertilisants à libération lente ou contrôlée, comme le PurYield, ou d’inhibiteurs d’uréase et de la nitrification. Le rôle des inhibiteurs est de ralentir l’action normale des bactéries et enzymes présentes dans le sol, qui transforment l’azote d’une forme à l’autre, afin de le maintenir sous des formes stables plus longtemps, de le rendre disponible aux culture plus graduellement.

Inhibiteurs d’uréase :
Ils agissent sur l’enzyme uréase qui convertit l’urée en ammonium (NH4+). Au cours de cette transformation, il y a production d’ammoniac (NH3), un gaz qui s’envole s’il est trop près de la surface du sol. Ils peuvent réduire la volatilisation jusqu’à 70% par rapport à de l’urée non-protégée. Ils sont utiles seulement si on est en présence d’azote sous forme urée (urée ou solution azotée 28 ou 32%) qui est appliqué en surface ou enfoui de manière très superficielle (moins de 5 cm).

Inhibiteurs de la nitrification :
Ils agissent sur les bactéries nitrifiantes du sol, ralentissant la conversion de l’ammonium (NH4+) en nitrates (NO3-). Les plantes prélèvent surtout l’azote sous forme de nitrates, on souhaite donc qu’il y en ait en quantité suffisante dans le sol pour répondre aux besoins des cultures, mais étant chargées négativement, les molécules de nitrate ne sont pas retenues sur les particules de sol, et sont sujettes au lessivage, surtout en sol léger, lorsqu’il pleut. De plus, ce sont les nitrates qui, sous certaines conditions, sont convertis en protoxyde d’azote (N2O). Ralentir la nitrification permet donc de limiter les pertes, améliorer l’efficacité de l’azote et mieux synchroniser la disponibilité des nitrates avec les besoins des cultures. Les fertilisants sous forme urée ou ammonium peuvent bénéficier de l’ajout d’inhibiteurs de la nitrification.

Il est important d’expliquer que la production de protoxyde d’azote survient lorsque les sols sont saturés d’eau. En absence d’oxygène, certaines bactéries vont « dénitrifier » les nitrates pour utiliser les ions oxygène qu’ils contiennent, et les convertir ainsi en N2O. La proportion de l’azote appliqué perdue par dénitrification varie donc beaucoup d’une année à l’autre, selon les conditions météo dans les semaines qui suivent les applications d’azote. Les sols lourds, mal structurés, au drainage déficient, les cuvettes et les sols compactés sont plus sujets à libérer du protoxyde d’azote après des épisodes de pluies abondantes.

Dans le cadre du projet Racines d’avenir, Laboratoire vivant, des chercheurs d’Agriculture et Agroalimentaire Canada ont testé différents inhibiteurs dans des essais réalisés à la ferme, en 2024 et 2025. En 2024, les inhibiteurs ont permis une réduction moyenne du N2O de 17.1%, et de 12.7% en 2025. Il n’y a pas eu d’augmentation de rendement de façon systématique, mais dans presque tous les essais avec une hausse de rendement, l’inhibiteur utilisé avait permis une réduction des émissions de 9% et plus. C’est donc dire que si les conditions météorologiques dans les semaines qui suivent l’application d’azote favorisent les pertes (par volatilisation, lessivage ou dénitrification), l’effet de l’inhibiteur sera plus tangible et l’augmentation de rendement plus probable.

Vous avez de l’intérêt pour les inhibiteurs ? Nous avons une bonne nouvelle pour vous ! La mouture 2026 du programme Agrisolutions climat inclut une nouvelle PGB sur les inhibiteurs d’uréase et de nitrification. Une aide financière est disponible, permettant de couvrir 85% du coût d’un inhibiteur double (uréase et nitrification), ou d’une combinaison d’inhibiteurs, jusqu’à un montant maximal de 4000$. Vous trouverez tous les détails, et le formulaire d’inscription, sur le site de l’UPA https://www.upa.qc.ca/agrisolutions-climat/gestion-de-lazote


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