
Bien qu’il fut découvert dans les années 1950, il a fallu attendre en 1974 pour que le glyphosate, sous la marque Round Up, fasse son apparition sur le marché. Ce fut la naissance du plus grand herbicide au monde ! Vinrent ensuite les gènes de résistance au glyphosate, introduits dans les cultures telles que le canola, le soya et le maïs, vers la fin des années 1990. La progression de l’utilisation de cet herbicide non-sélectif fut si importante que dès 2006 aux États-Unis, pas moins de 7 mauvaises herbes avaient déjà créé une résistance à la matière active. En Ontario, c’est en 2008 que le premier biotype d’herbe à poux géante résistant au glyphosate fut découvert. Depuis ce temps, les cas de résistance se multiplient, et on observe de plus en plus de « super mauvaises herbes » résistantes à plusieurs groupes chimiques à la fois. Dans plusieurs régions du Québec, on trouve pas moins de 6 mauvaises herbes résistantes au glyphosate. La surutilisation de cette matière active, sans herbicide résiduel en mélange, est un facteur qui a grandement contribué à accélérer la progression de la résistance.
Pourquoi le glyphosate a-t-il été adopté si rapidement ? On a qu’à penser au chiendent qui était à l’époque un réel problème à éliminer , à la pratique du semis direct qui a progressé grâce à lui, à son prix abordable et à sa simplicité d’utilisation... Une découverte de la sorte ne se voit pas plus d’une fois par siècle. C’est pourquoi il est si important de comprendre comment nous pouvons maintenir l’efficacité de cet outil et retarder l’apparition de résistances sur nos fermes.
Comment faire face à la menace ? Plusieurs options s’offrent à nous : la rotation de groupes d’herbicides et de cultures, l’utilisation d’herbicides résiduels partenaires en mélange pour contrer les mauvaises herbes plus coriaces, l’ajout d’adjuvant et de sulfate d’ammonium dans la bouillie, et une utilisation du produit dans des conditions optimales à son bon fonctionnement. Il est également important de rester à l’affût des foyers de résistance présents au Québec.
Plus concrètement, l’utilisation de Liberty , par exemple, sur les cultures tolérantes au glufosinate, ou encore l’ajout de soya non-ogm et de céréales dans la rotation, sont des moyens de réduire la fréquence de son utilisation dans le cycle de rotation des cultures. On doit garder en tête que chaque groupe d’herbicides a ses forces et ses faiblesses et que la surutilisation massive de l’un d’entre eux accentue forcément les risques de voir naître des mauvaises herbes résistantes.
Le mélange en réservoir avec des herbicides résiduels est de loin l’une des options les plus faciles à mettre en place rapidement sur la ferme. Bien connaître les mauvaises herbes difficiles à contrôler par une identification assidue aidera à cibler le problème ; de plus, le dépistage permet de constater le stade de croissance des mauvaises herbes, qui sont beaucoup plus faciles à détruire lorsqu’elles sont petites. Par la suite, la recherche d’un partenaire pour le mélange peut se faire. Dans le maïs, l’utilisation d’un groupe 27 ou 4 aidera sur plusieurs feuilles larges et vivaces coriaces. Dans le soya, l’utilisation d’un herbicide de groupe 2, 15 ou bien 4 dans certains cas, aidera également à combattre les adversaires les plus redoutables. L’ajout de partenaires en mélange au glyphosate crée un effet synergique non négligeable dans la quasi-totalité des cas.
L’ajout d’adjuvants à la bouillie de pulvérisation est également une action simple à réaliser et les résultats sont impressionnants. Un produit antidérive, tel l’Interlock, aidera à optimiser le dépôt de la molécule au bon endroit sur la plante et à s’assurer que celle-ci ne dérive pas à côté de la cible. Les fines gouttelettes sensibles à la dérive sont grossies légèrement par l’ajout de l’adjuvant. L’addition de sulfate d’ammonium, tel que le Crimson, réduit la dureté de l’eau et optimise le travail du glyphosate qui peut autrement être en partie neutralisé lorsqu’il se retrouve en solution dans de l’eau riche en carbonates.
Finalement, les conditions météo sont importantes à prendre en compte lors de la pulvérisation de glyphosate. Par exemple, le produit est plus efficace lorsqu’ appliqué durant une journée ensoleillée. La nuit, certaines plantes telles que l’abutillon et le chénopode blanc, sont moins réceptives à une application de glyphosate puisqu’elles se referment sur elles-mêmes, diminuant la surface de contact à atteindre. Les températures trop fraîches, près du point de congélation, ou trop chaudes, au-dessus de 30oC, nuiront à l’efficacité du glyphosate. La plante ralentit son métabolisme durant les périodes de stress thermique ce qui lui permet parfois de digérer l’herbicide avant qu’il ne fasse effet. On ne doit pas oublier non plus que même si le délai avant la pluie est relativement court suite à l’application de glyphosate, ce n’est pas nécessairement le cas pour les herbicides compagnons ; il faut le considérer pour s’assurer que la synergie voulue soit effective. Cependant, une longue période sans pluie n’est pas mieux, puisqu’elle peut entraîner une difficulté à contrôler certaines mauvaises herbes en raison de l’épaississement de leur cuticule qui nuira à l’absorption de l’herbicide.
La réflexion peut aussi porter sur les options de gènes lors de vos choix de cultures. Dans le maïs, il est possible d’opter pour des hybrides qui offrent une tolérance au Liberty, qui se substituera à l’utilisation du glyphosate. Dans le soya, plusieurs autres options réduisent le besoin d’utiliser le glyphosate seul. Le soya non-ogm par exemple, les variétés Xtend également tolérantes au dicamba, ou Xtend Flex qui sont tolérantes au dicamba et au glufosinate, ou encore un soya Enlist qui peut être arrosé au Liberty ou au Enlist.
L’un des facteurs les plus importants de progression des résistances est le mauvais nettoyage des équipements suite aux travaux dans les champs à problème. La vitesse de progression des mauvaises herbes peut être impressionnante et est un enjeu à prendre très au sérieux.
En résumé, pour aider à protéger l’efficacité du glyphosate dans le temps, on doit s’assurer d’avoir une bonne rotation, autant d’herbicides, de gènes de tolérance et de cultures. Toujours maintenir un dépistage assidu, identifier des herbicides-compagnons appropriés à ajouter en mélange, et s’assurer de bien comprendre les facteurs météo qui aideront à obtenir un bon résultat lors de son utilisation. Ne pas négliger l’utilisation des adjuvants qui permettront d’améliorer grandement le contrôle, et surtout, prendre au sérieux les foyers de cas de résistance pour dépister les problématiques tôt et isoler le problème. C’est la responsabilité de tous.
Pour l’ensemble des raisons énumérées, et considérant les répercussions possibles, l’utilisation du glyphosate seul en réservoir est sans aucun doute, selon moi, à la fin de son règne.