Les mauvaises herbes résistantes : parlons-en !

Chaque année, le nombre de nouveaux cas de résistance aux herbicides augmente, et la tendance ne risque pas de s’inverser dans un futur rapproché !

Au Canada, c’est en 1957, en Ontario, qu’un premier cas de résistance au 2,4-D dans la carotte sauvage a été répertorié. Puis, dans les années 1970, à la suite de la publication d’un article scientifique par un chercheur de l’état de Washington sur la découverte de séneçons résistants à la simazine, le nombre de cas documentés de résistance à l’atrazine s’est mis à augmenter. Les difficultés plus nombreuses des producteurs de l’est du Canada à contrôler certaines mauvaises herbes dans le maïs venaient de trouver une explication !

Comment se développe la résistance ?

Le développement de la résistance est un parfait exemple de l’adaptation du vivant à son environnement. Une mauvaise herbe hérite un jour de cette habilité à survivre et se reproduire malgré l’exposition à une dose d’herbicide qui aurait normalement dû lui être fatale. À force d’une utilisation répétée d’un même herbicide, ou d’herbicides qui attaquent de la même façon, certains individus dans les populations de mauvaises herbes sont favorisés. Par hasard, ils présentent une petite anomalie génétique, invisible à l’œil nu, qui leur permet de survivre au traitement. Ayant la possibilité de se reproduire, ils multiplient donc dans leur descendance cette particularité et finissent par représenter la majorité de la population présente dans un champ donné. C’est la loi du plus fort !

Les herbicides qui sont extrêmement efficaces à combattre certaines espèces de mauvaises herbes, comme ceux du groupe 2, sont plus susceptibles d’entraîner le développement de résistance. Comme ils sont très performants à combattre ces espèces, ils imposent une grande pression de sélection et les seuls spécimens qui parviennent à y survivre sont ceux qui transfèreront leurs gènes de résistance à la prochaine génération.

Conséquences d’une augmentation des cas de résistance :

Évidemment, la stratégie de désherbage devient plus complexe lorsque l’on doit composer avec la présence de mauvaises herbes résistantes dans ses champs. La diminution des options de désherbage, ou même l’absence de produits de remplacement peut occasionner certains casse-têtes...En plus, les coûts reliés aux solutions alternatives sont souvent plus élevés. Mais les mauvaises herbes difficiles à contrôler vont occasionner davantage de pertes monétaires en diminuant le rendement des cultures ou en altérant leur qualité (taches, déclassement). Pour pouvoir continuer le plus longtemps possible à bénéficier d’un large éventail de produits performants, et ne pas mettre trop de pression sur des matières actives qui ne sont pas renouvelées fréquemment, mieux vaut prévenir l’apparition de résistances que d’être pris à les gérer !

Recourir à plusieurs modes d’action différents, intégrer des herbicides résiduels, s’assurer d’une bonne rotation non seulement des groupes d’herbicides mais aussi des cultures, sont de bonnes pratiques pour prévenir le développement de la résistance.

Il y a deux perspectives à considérer : l’objectif à court terme de contrôler les mauvaises herbes présentes pour qu’elles n’impactent pas le rendement des cultures à la baisse, mais également un objectif à plus long terme qui est de diminuer la banque de semences dans le sol. Ainsi, lorsque l’on est en présence d’espèces qui peuvent produire des dizaines de milliers de graines par individu, une efficacité de contrôle à 95% n’est pas satisfaisante ; il faut viser au moins 99% d’efficacité.

Dans cette optique, les stratégies à 2 passages ne sont pas à négliger parce qu’elles prolongent la répression des mauvaises herbes jusqu’à ce que le couvert végétal de la culture soit suffisant pour limiter l’établissement de nouvelles pousses de mauvaises herbes.

Plusieurs autres méthodes, comme les cultures de couverture et le désherbage mécanique peuvent aussi être introduites dans le système cultural. Au fond, ce qu’il faut retenir, c’est que plus on multiplie et diversifie les moyens de lutte, moins on laisse de chance aux quelques individus bioniques qui pourraient se trouver parmi les populations de mauvaises herbes.

Finalement, il ne faut pas négliger non plus la possibilité que des semences de mauvaises herbes résistantes puissent être introduites sur la ferme par de la semence ou de la machinerie contaminée, ou via les bottes ou la voiture d’un visiteur ! Des mesures doivent être mises en place pour limiter ces risques également.

Le cas particulier de l’amarante tuberculée :

Au Québec, on compte 14 espèces de mauvaises herbes résistantes, dont la petite herbe à poux qui représente près de la moitié des cas confirmés. De la résistance multiple - une population de mauvaises herbes résistantes à plus d'un groupe d'herbicides - a également été détectée chez 4 espèces dont l'amarante tuberculée. Cette plante attire particulièrement l'attention puisqu'en plus d'avoir une excellente capacité d'adaptation et de reproduction, elle démontre une capacité de croissance impressionnante et peut engendrer des pertes importantes de rendement, principalement dans le maïs et le soya. Observée pour la première fois en 2017 en Montérégie Ouest, quelques foyers d'individus résistants apparaissent chaque année, et sa présence est possiblement sous-estimée. Si la première année, on ne la remarque pas trop, avec la possibilité de produire de 300 000 à 1,2 million de graines, facilement dispersables par les excréments d’animaux et la machinerie contaminée, c'est un problème qui prend rapidement de l'ampleur. Le meilleur moyen d'y faire face est encore de prévenir son apparition, et de rapidement l'éradiquer si de l'amarante tuberculée est identifiée dans un champ. Il faut absolument être attentif à sa présence, et l'empêcher de produire des semences. Une aide financière du MAPAQ est d'ailleurs disponible pour aider les producteurs à détecter, identifier, et contrôler (notamment par l'arrachage manuel) l'amarante tuberculée.

En conclusion, les mauvaises herbes ne sont pas les seules à développer des résistances. Il existe également des cas chez les insectes et les agents pathogènes. Tout outil de lutte, chimique ou non, s’il est employé seul et à répétition, peut devenir inefficace puisque c’est le propre du vivant de s’adapter et de chercher à survivre. Il importe de demeurer vigilants, et de mettre en place des programmes de lutte intégrée qui combinent plusieurs bonnes pratiques.


Rappel !

Depuis le 8 mars 2018, vous, producteurs agricoles, devez tenir à jour un registre d'application des pesticides


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